Lieu de convergence des Bordelais au croisement de grands cours et axes prestigieux et commerçants, la Place de la Comédie s’insère dans au cœur du fameux « triangle d’or », ou « quartier des Grands Hommes », désigné ainsi pour la richesse de son patrimoine, l’élégance de ses édifices et la valeur des biens immobiliers.

Établie sur un ancien forum gallo-romain, la Place et ses édifices majeurs : Le Grand théâtre et le Grand Hôtel de Bordeaux, œuvres de Victor Louis, occupent l’emplacement de la colonnade du temple des Piliers de Tutelle qui avait été rasée en 1680.

Le Grand Théâtre

En 1756, la ville est privée de sa salle de spectacle, détruite par un incendie ravageant les fossés de l’hôtel de Ville. Trois hommes s’associent alors pour donner Bordeaux un théâtre à la hauteur de la capitale de la Guyenne : le Maréchal de Richelieu, gouverneur de la province; Dupré de Saint-Maur, intendant de la généralité ; Victor Louis, architecte. Ensemble, ils poursuivent cette politique d’embellissement et de modernisation de la cité médiévale, initiée par les intendants Boucher et Tourny, donnant une ouverture et une nouvelle inspiration à Bordeaux : création des places royales (La Bourse) des allées Tourny (prolongement naturel de la Place de la Comédie) et du Jardin Public.

Construit entre 1773 et 1780 sur les glacis du château Trompette, le Grand Théâtre nécessite sept ans de travaux avant l’inauguration en 1780, célébrée avec la représentation d’Athalie, tragédie en cinq actes de Racine. Édifié en pierres blondes de Bourg (fondations), de Saint-Macaire (péristyle) et de Rauzan (dallage), le monument de 88 mètres sur 47 se style néo-classique s’impose par la massivité de son volume et séduit par les charmes antiques de son péristyle et de ses galeries latérales. Douze colonnes corinthiennes soutiennent un portique orné de douze statues de pierre 2,3 m de hauteur : neuf muses (Euterpe, Uranie, Calliope,Terpsichore, Melpomène, Thalie, Polymnie, Erato, Clio) et trois déesses (Junon, Vénus, Minerve), que l’on doit au sculpteur français Pierre-François Berruer.

A l’intérieur du théâtre l’on découvre un escalier monumental et une surprenante coupole décorée, véritable et deux statues, allégories de la Comédie et de la Tragédie, accueillent les visiteurs. La salle de spectacle dont la structure en pièces de bois assure une acoustique optimale, arbore une décoration très harmonieuse et élégante aux couleurs de la Royauté : l’or, le bleu et le blanc. Celles-ci rappellent les teintes de l’opéra de Versailles édifié peu de temps auparavant par l’architecte Jacques Gabriel (cf. Place de la Bourse). La salle, configuration parfaite de théâtre à l’italienne, est surplombée par une coupole circulaire dont le plafond peint à fresque par Claude Robin au XVIIIe siècle fut restauré par François Roganeau en 1919. Siège de l’Opéra national de Bordeaux qui y programme sa saison lyrique et les représentations du Ballet de l’Opéra, le Grand Théâtre est classé monument historique depuis 1899.

Le Grand Théâtre a fait l’objet d’importants travaux de restauration et de modernisation en 1990 pour répondre aux attentes de la scénographie du XXIe siècle. Entre autres, la façade a retrouvé son éclat après un ravalement, et pour retrouver éclat et éclat, l’habillage vieil or et rouge imposé au XIXe siècle, 19e siècle est remplacé par le décor d’origine, alliant le bleu, le blanc et l’or.

Le Grand Hôtel

La Place de la Comédie est structurée par un autre grand monument : le Grand Hôtel de Bordeaux, d’autant plus en harmonie avec le théâtre qu’il a été conçu par le même architecte, Victor Louis, en 1776. On y reconnait la façade d’inspiration néoclassique, la colonnade de style corinthien, et le même goût de la démesure au sein des aménagements intérieurs à l’instar de la Salle du Marbre, rebaptisée aujourd’hui Salon Sauternes.

En 1999, un grand projet de transformation est entrepris par l’homme d’affaire bordelais Michel Ohayon, qui rachète la façade blonde de l’hôtel particulier ainsi d’autres bâtiments autour de celui-ci dans le but de créer le Grand Hôtel. Michel Pétuaud-Létang, architecte bordelais, procède à l’assemblage de huit bâtiments différents pour réaliser un ensemble cohérent et harmonieux, qui sera ensuite décoré et agencé par les soins de Jacques Garcia. Un effet miroir est alors révélé entre Grand Théâtre et Grand Hôtel, valorisant l’harmonie et la grandeur de la Place de la Comédie.

Sanna, par Jaume Piensa

Art et gastronomie

Celle-ci est parsemée d’œuvres et d’éléments remarquables d’arts et de patrimoine, et d’adresses gastronomiques prestigieuses. Sur la ligne médiane de la place, aux deux extrémités de la place se dressent deux horloges identiques à quatre faces surmontées de cinq lampadaires dont la forme et la couleur rappellent les anciens éclairages cuivrés de la ville.

A l’entrée du cours du Chapeau Rouge, la statue en fonte de fer Sanna, œuvre du sculpteur espagnol Jaume Piensa, représente un visage de femme apaisé de 7 mètres de hauteur. Offerte à la ville pour 7 ans grâce à la générosité d’un mécène anonyme, elle veille sur la place depuis 2004.

Enfin, le site est une place forte de la gastronomie étoilée française : les deux chefs médiatiques Philippe Etchebest au restaurant 1* Le Quatrième Mur et Gordon Ramsay, chef 2* du Pressoir d’Argent, ont investi chacun un côté de la Place de la Comédie pour le bonheur des papilles et des yeux. Sans oublier l’enseigne Larnicol, meilleur ouvrier de France pour ses chocolats, et ses pâtisseries tout aussi savoureuses et étonnantes.

La Place de la Comédie, cœur du triangle d’or, illustre le prestige et l’élégance de la ville de Bordeaux et témoigne d’un urbanisme pensé à l’époque des Lumières, développant une cité ouverte et cosmopolite, qui respire et dégage de grandes perspectives, du Cours du Chapeau Rouge au Cours de l’Intendance, de la Rue Sainte Catherine aux allées de Tourny, pour le plus grand plaisir des photographes d‘aujourd’hui.

Cours de l’Intendance

Crédit photos : Asgeir Pedersen Spots France
Sources : 33-Bordeaux.com, 33-Bordeaux, Wikipedia